Ma soirée de la Marine vue pas Marie-Claude

Résumé au pif d’une histoire à dormir debout avec ou sans coup dans le nez

Un peu submergé par l’émotion et à portée de Maire, notre Amiral, dressé comme un mât de cocagne, du haut de son mètre 69 à l’endroit comme à l’envers, prit solennellement la parole, pour remettre à flot un bâtiment de notre histoire tombé dans les abîmes.

Quand il commença à évoquer le voyage en ballon de Gambetta, poussé par des vents contraires dans la mauvaise direction, nous nous demandions alors s’il n’était pas en train de nous mener en bateau. Surtout qu’à propos de ballons, on s’y connaît, surtout quand ils sont rouge blanc ou rosé.

Songez au pauvre Gambetta ! Ballotté d’ouest en est, il chut à Rouen puis prit le train, pas celui des sénateurs, puisqu’il était député, pour aller à Troyes mais tout seul.
« Qui prend de la tarte fine ? »
Tiens en parlant de tarte, suivre son histoire n’en n’était pas. Entre de Palatine et Trochu de Belle-Île-en-Mer, on avait perdu le cap.

« Est-ce que vous auriez de la moutarde ? » demanda ma voisine, juste au moment où l’Amiral abordait Dijon.
Dijon ? Pourquoi Dijon ? Que s’est-il donc passé à Dijon ?
Dijon, disons que je n’en sais trop rien.
Ah, peut-être une rencontre avec Garibaldi ?
Gambetta, Garibaldi, avec ses deux Italiens, il y a de quoi perdre son latin !

De mémoire, Garibaldi est parti dans les Vosges avec son corps armé, qui a dû essuyer un flot de pastilles, mais pas pour la gorge, provenant des bouffeurs de forêts noires, les Prussiens.
Au milieu de cette houle, surgit un « Qui a commandé du canard ? »
Mon voisin d’en face couina : « Moi j’ai pris de la dorade ! »Et mes compagnons de tablée qui s’esclafaient, en se demandant où était passé le capitaine Trochu ?

Entre les vapeurs d’alcool et le brouillard qui s’immisçait sournoisement dans son cerveau, notre Amiral avait perdu le fil à pêche de son épopée.

Bon, on allait tout de même pas en faire un fromage, d’autant que le dessert arrivait. C’était le coup de feu avec le tiramisu et en même temps les fusiliers-marins s’approchant du Bourget.
Notre Amiral se sentait pousser des ailes.
Imaginez nos soldats encore d’aplomb avec leur sabre d’abordage ou leur hache, à l’heure H, pourfendant les lignes ennemies et venant asséner l’estocade finale à ces Prussiens qui l’avaient bien cherchée.
Et c’est ainsi que furent restaurés la légende de nos valeureux matelots et la trentaine de convives.

Chute, pas de bruit : Savez-vous pourquoi la rue des amiraux dans le 18e s’appelle ainsi ?

Eh bien, c’est pour rendre hommage à ces fusiliers-marins qui ont libéré Paris et à défaut d’y trouver la mer, vous y verrez une piscine, lieu de tournage du film Amélie Poulain, petit de la Jument verte et du Facteur Cheval.